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Laudes

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Pleine absence de nous pour n’adorer que Lui
Secret à ciel ouvert et qui simplement luit
En intime arc-en-ciel au for de la conscience.

Nos voix brisées supplient, donnez-nous la licence
D’aimer de votre amour quand faillissent les sens
Par la foi qui s’élève ainsi qu’un suave encens.

Les laudes sont chantées qui louangent Seigneur
Votre Nom pour soumettre, avec calme ferveur,
Le jour qui vient tout bas à l’appel du Royaume.

Et voici votre inspir au bel expir du psaume.
Laudes sont par le chant la poussée du soleil
Pour disposer l’amour au vôtre sans pareil.

Dans les laudes la gloire en adorable attente
Qui perce sans douleur et jaillit mais si lente
Depuis le Tabernacle avec force douceur.

Que nos yeux fassent place et que l’iris en fleur
Se déploie pour l’accueil — se remplissent d’eau vive
Nos cœurs tournés vers Vous Lumière décisive.

Les anges combattaient pour qu’on s’agenouillât
Dans la nuit l’âme quiète en clair alléluia ;
Avec nous chantent-ils en cette aube louanges.

Louez, dit le jour, Ses rayons comme franges
Pour vos mains en supplique et louez le Seigneur
Pour la terre en sa robe ondoyée de blancheur.

Se languissent de Vous pupilles délaissées
Et sans trêve supplient : voulons être blessées !
Que blesse votre amour notre nuit de son feu.

Que brûle sans finir un cierge pour ce vœu :
Entrer dans la Cité sans astre ensoleillée
Irradiant par l’Agneau la Beauté déployée.

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illustrations : détails de l’Adoration de l’Agneau mystique de Van Eyck
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Le chant des misères de notre temps

Pieta de Lubiaza - Musée Narodowe de Varsovie
Pieta de Lubiaza – Musée Narodowe de Varsovie

 

Le désir de déplaire
à la beauté étreint
notre âme et la contraint
à vouloir tout défaire

A l’appel de l’obscur
nos mains prennent les armes
Pour goûter à ses charmes
notre cœur se sent mûr

Si l’ombre nous est claire
le meurtre nous est doux
car l’amour est un joug
mais plaisir nous libère

Nous voulons jouir du monde
et l’immonde nous veut
plus ardent dans son feu
pour que tous on y fonde

Alors voici : buvons
la nuit jusqu’à la lie
que l’âme se délie
s’alourdisse aux passions

Que sombre la cité
sous le poids des blandices
voyez : nos mains brandissent
couleurs de liberté

Et que pleure son âme
à qui naît dans la mort
nous maintenons l’effort :
porter notre oriflamme

L’arc-en-ciel nous fait signe
mais nous ne voyons pas
nous marchons et nos pas
s’éloignent de la Vigne

Vos merveilles Seigneur
nos larmes notre peine
vos grâces sainte Reine
nos refus notre peur

Vous savez que l’on crie
vers vous l’appel issu
de nous au plus insu
de nous et que l’on prie

Entendez-nous prier
en prières muettes
si pauvres et fluettes
mais cherchant à briller

Que vos anges vos saints
vos enfants de baptême
entendent ce poème
leurs chants soient des essaims
un encens leur douceur
et que bien haut s’élèvent
et qu’au Très-Haut célèbrent
les beautés de tout cœur

In caritate radicati et fundati

Cette lance portée au côté du Seigneur
n’est-ce pas mon chemin en orgueil qui parcourt
le monde de ses bords jusqu’au seuil de l’intime 

Or l’infécond trajet en son terme se meurt
et par la plaie qu’il ouvre il reçoit en retour
toute l’eau et le sang d’un torrent qui l’anime

Au Cœur de son amour j’abandonne mon cœur
le laissant je le garde au fort de son amour
Très humble et doux Seigneur ô donnez-moi l’infime

Plaie du côté
Livre d’Heures, Paris, XVe siècle. Ms Douce d.19

Cor Iesu

Cœur de Jésus ô très sacré
Cœur de Jésus bel outragé
Cœur de Jésus outrenavré

les fines pointes de nos lames
blessent l’amour versent la vie
portent douleur au corps de Dieu

Cœur de Jésus ô très sacré
Cœur de Jésus bel outragé
Cœur de Jésus outrenavré

fleurs d’oraison voilées de nuit
nos cœurs perdus dans les épines
souffrent la mort infligent peine

Cœur de Jésus ô très sacré
Cœur de Jésus bel outragé
Cœur de Jésus outrenavré

notre refuge est sa blessure
sa plaie ouverte est notre porte
et son amour fait nos prières

Cor Iesu

Et habitavit in nobis

Sacré Cœur

L’épée au clair, nuit cuirassée, l’armée nombreuse
avance contre nous dans l’épaisseur de l’air
On respire à grand peine et nos yeux s’obscurcissent
Des confins jusqu’ici l’hostile nous entoure
sa lance nous désigne et les arcs sont tendus

Dans la tente dressée de ton souffle vivant
nous trouvons refuge       et le plain-chant du silence
louange ta Présence       étendu sur l’autel
ton Corps immobile et plus réel que le monde

Voici l’Homme et nos yeux ne peuvent tout entier
le saisir       c’est Dieu et nous voyons ses détails :
pousses de jeune barbe à l’entour de sa bouche
narine d’où paraît en roulant une perle
et la perle est de Sang et abrite lumière
Toute la vie et tout l’amour en cette goutte

La paix est avec nous rien ne peut nous blesser
mais la pensée inquiète évoque ce qui rôde

L’épée au clair, nuit cuirassée, l’armée nombreuse
avance contre nous dans l’épaisseur de l’air
On respire à grand peine et nos yeux s’obscurcissent
Des confins jusqu’ici l’hostile nous entoure
sa lance nous désigne et les arcs se détendent

Et l’amour et le mal nous veut libre veut mort
nous attend nous assaille et le cœur nous défaille
nous ne savons croire en l’amour plus qu’en la peur

A mon faible croire ô Seigneur donne la Croix

Eucharistie

Léger soleil entre les doigts
Ton corps Seigneur nous illumine
En nous s’ouvre discret le ciel
Ton corps entier veut notre faim
Frêle miroir pour nos yeux clos
Ton corps se recueille en Son nom
Et ce n’est qu’un peu de pain
Ton corps tremble comme une absence
Nos lèvres goûtent ton silence

Pour que tu fondes ton amour
En nous qui nous offrons à Toi
Seigneur si visiblement pauvre
Etreins-nous d’invisible étreinte
Et qu’à notre âme te fiances

Joseph W. Spoor. The Sun (1)

Couronne

Vois le Verbe il prend feu Sainte chair en Marie
Il orne de soleils et joyaux de rivière
Les larmes de Marie que l’amour environne

Il déploie sa Passion depuis l’or de Fourvière
Et les pleurs de sa mère en source non tarie
vont semer dans nos yeux un chemin qui rayonne

Pour lui ceindre toujours l’invisible couronne
Dans l’azur il la mène âme et corps tout entière
Et son nimbe étoilé ciel et terre marie

Vois le Verbe il prend feu Sainte chair en Marie
Il déploie sa Passion depuis l’or de Fourvière
Pour lui ceindre toujours l’invisible couronne

FRANCISCO DE ZURBARÁN, IMMACULÉE CONCEPTION, VERS 1630
Francisco de Zurbarán : Immaculée Conception