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Et habitavit in nobis

Sacré Cœur

L’épée au clair, nuit cuirassée, l’armée nombreuse
avance contre nous dans l’épaisseur de l’air
On respire à grand peine et nos yeux s’obscurcissent
Des confins jusqu’ici l’hostile nous entoure
sa lance nous désigne et les arcs sont tendus

Dans la tente dressée de ton souffle vivant
nous trouvons refuge       et le plain-chant du silence
louange ta Présence       étendu sur l’autel
ton Corps immobile et plus réel que le monde

Voici l’Homme et nos yeux ne peuvent tout entier
le saisir       c’est Dieu et nous voyons ses détails :
pousses de jeune barbe à l’entour de sa bouche
narine d’où paraît en roulant une perle
et la perle est de Sang et abrite lumière
Toute la vie et tout l’amour en cette goutte

La paix est avec nous rien ne peut nous blesser
mais la pensée inquiète évoque ce qui rôde

L’épée au clair, nuit cuirassée, l’armée nombreuse
avance contre nous dans l’épaisseur de l’air
On respire à grand peine et nos yeux s’obscurcissent
Des confins jusqu’ici l’hostile nous entoure
sa lance nous désigne et les arcs se détendent

Et l’amour et le mal nous veut libre veut mort
nous attend nous assaille et le cœur nous défaille
nous ne savons croire en l’amour plus qu’en la peur

A mon faible croire ô Seigneur donne la Croix

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Eucharistie

Léger soleil entre les doigts
Ton corps Seigneur nous illumine
En nous s’ouvre discret le ciel
Ton corps entier veut notre faim
Frêle miroir pour nos yeux clos
Ton corps se recueille en Son nom
Et ce n’est qu’un peu de pain
Ton corps tremble comme une absence
Nos lèvres goûtent ton silence

Pour que tu fondes ton amour
En nous qui nous offrons à Toi
Seigneur si visiblement pauvre
Etreins-nous d’invisible étreinte
Et qu’à notre âme te fiances

Joseph W. Spoor. The Sun (1)

Couronne

Vois le Verbe il prend feu Sainte chair en Marie
Il orne de soleils et joyaux de rivière
Les larmes de Marie que l’amour environne

Il déploie sa Passion depuis l’or de Fourvière
Et les pleurs de sa mère en source non tarie
vont semer dans nos yeux un chemin qui rayonne

Pour lui ceindre toujours l’invisible couronne
Dans l’azur il la mène âme et corps tout entière
Et son nimbe étoilé ciel et terre marie

Vois le Verbe il prend feu Sainte chair en Marie
Il déploie sa Passion depuis l’or de Fourvière
Pour lui ceindre toujours l’invisible couronne

FRANCISCO DE ZURBARÁN, IMMACULÉE CONCEPTION, VERS 1630
Francisco de Zurbarán : Immaculée Conception

Sanguis martyrium & sel terræ

(Mille oiseaux dans l’enclos délectable
ton ciel en son miracle d’azur)

Le sang de tes martyrs en fleuve favorable
emporte les pécheurs vers la fleur des blessures
une source où puiser la prière des larmes

Si le sel sur nos joues réduit mer en cristaux
en Christ ce sont les mots qui baignent toute vie
et le Verbe de vie est un dit de lumière
et le sel de la terre a saveur de l’amour

Nous savoure Sagesse à même notre pleur
elle y trouve douceur dans la douleur d’aller
sans arrêt sans aller mais prier qu’Il demeure

(Le sel dans son clos d’immuable
parfait cristal où scintiller
une louange à mon Seigneur)

Sainteté

Mon cœur est dur comme pierre, altéré
comme le lit pierreux d’un torrent sec

Dans le désert s’aiguise la souffrance,
en plein soleil ma peine veut de l’eau

Très grande soif qui rêve son aiguade
très pauvre songe où trouver son trésor

Sous ton regard qui pénètre le bloc
le minéral déclôt, sa vie ondèle
vers nous en nous par l’amour de l’aimé
car dans ce roc ton pardon ouvre brèche

Je ne sais si la fontaine jaillit
de cœur à Christ ou de Christ à mon cœur

Bien le sait-elle, ô source en qui je fonde :

ma foi porte ma vue loin devant mes yeux clos
aveugle je mendie ton regard et ta main

Je me fais une échelle en priant tous les saints :
hissez-moi aidez-moi que je puisse me voir
tout en bas tout orgueil tout contrit tout désir

ronde-des-saints_fra-angelico
Fra Angelico, ronde des saints

Victime

un feu dévorant notre peine
et notre secours une flamme
un soleil austère nos larmes
et Sainte Croix pleure la chair

l’amour se fait proie pour l’amour

désir s’amoncelle en nuages
la nuée viendra douce ardente
nous t’en prions et nous veillons
et nos lampes brûlent de toi

l’amour se fait proie pour l’amour

notre chair réclame la croix
et son désir se fait supplique
pour l’aimé l’aimant et l’amour
pour sa gloire et notre salut

l’amour se fait proie pour l’amour

Josefa de Ayala. 1670-1684. L'Agneau sacrificiel
Josefa de Óbidos, agneau sacrificiel, 1684.

Mater dolorosa

Ô Vierge outrenavrée au glaive des épines
tu appelles fervente une vaste douleur
et la douleur s’avance en venant de partout

Lances mouvementées comme forêt heurtée
qui rompt à l’horizon son trait et nous enclôt
douleur fait ravage et nos cœurs sont terres gastes

De tes lèvres mordues ruisselle en sang ta peine
ô Vierge couronnée de dol noire madonne
le sable du désert vient ceindre ta demeure

Ta main qui vers là-haut est levée en supplique
crayonne dans l’azur d’un geste simple et sûr
le signe de sa croix arrimée au grand ciel

Très orante tu tiens dans les mains sa couronne
elle est tressée de peine et sous tes doigts qui saignent
la couronne se fait psaume et toute de roses

Simon Marmion - Vierge de douleur
Simon Marmion – Vierge de douleur (Musée des Beaux-Arts, Strasbourg)