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Sanguis martyrium & sel terræ

(Mille oiseaux dans l’enclos délectable
ton ciel en son miracle d’azur)

Le sang de tes martyrs en fleuve favorable
emporte les pécheurs vers la fleur des blessures
une source où puiser la prière des larmes

Si le sel sur nos joues réduit mer en cristaux
en Christ ce sont les mots qui baignent toute vie
et le Verbe de vie est un dit de lumière
et le sel de la terre a saveur de l’amour

Nous savoure Sagesse à même notre pleur
elle y trouve douceur dans la douleur d’aller
sans arrêt sans aller mais prier qu’Il demeure

(Le sel dans son clos d’immuable
parfait cristal où scintiller
une louange à mon Seigneur)

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Sainteté

Mon cœur est dur comme pierre, altéré
comme le lit pierreux d’un torrent sec

Dans le désert s’aiguise la souffrance,
en plein soleil ma peine veut de l’eau

Très grande soif qui rêve son aiguade
très pauvre songe où trouver son trésor

Sous ton regard qui pénètre le bloc
le minéral déclôt, sa vie ondèle
vers nous en nous par l’amour de l’aimé
car dans ce roc ton pardon ouvre brèche

Je ne sais si la fontaine jaillit
de cœur à Christ ou de Christ à mon cœur

Bien le sait-elle, ô source en qui je fonde :

ma foi porte ma vue loin devant mes yeux clos
aveugle je mendie ton regard et ta main

Je me fais une échelle en priant tous les saints :
hissez-moi aidez-moi que je puisse me voir
tout en bas tout orgueil tout contrit tout désir

ronde-des-saints_fra-angelico
Fra Angelico, ronde des saints

Victime

un feu dévorant notre peine
et notre secours une flamme
un soleil austère nos larmes
et Sainte Croix pleure la chair

l’amour se fait proie pour l’amour

désir s’amoncelle en nuages
la nuée viendra douce ardente
nous t’en prions et nous veillons
et nos lampes brûlent de toi

l’amour se fait proie pour l’amour

notre chair réclame la croix
et son désir se fait supplique
pour l’aimé l’aimant et l’amour
pour sa gloire et notre salut

l’amour se fait proie pour l’amour

Josefa de Ayala. 1670-1684. L'Agneau sacrificiel
Josefa de Óbidos, agneau sacrificiel, 1684.

Mater dolorosa

Ô Vierge outrenavrée au glaive des épines
tu appelles fervente une vaste douleur
et la douleur s’avance en venant de partout

Lances mouvementées comme forêt heurtée
qui rompt à l’horizon son trait et nous enclôt
douleur fait ravage et nos cœurs sont terres gastes

De tes lèvres mordues ruisselle en sang ta peine
ô Vierge couronnée de dol noire madonne
le sable du désert vient ceindre ta demeure

Ta main qui vers là-haut est levée en supplique
crayonne dans l’azur d’un geste simple et sûr
le signe de sa croix arrimée au grand ciel

Très orante tu tiens dans les mains sa couronne
elle est tressée de peine et sous tes doigts qui saignent
la couronne se fait psaume et toute de roses

Simon Marmion - Vierge de douleur
Simon Marmion – Vierge de douleur (Musée des Beaux-Arts, Strasbourg)

De Oratione

Dans le silence prié
je T’attends

En moi (
librement je m’efface
me délaisse dans le silence
et je Te laisse en moi
) prier

Dans le silence priant
j’entends pleinement
et c’est à peine si j’entends
la musique insonore des anges

Dans le silence priant
Ton saint Nom
Seigneur ne se dit pas
et c’est là Ta présence

Barthélémy d'Eyck - Les Heures de René d'Anjou
Barthélémy d’Eyck (Adoration de l’Hostie), in Heures de René d’Anjou.

Terra in Sanguine Tuo

Terre dans l’âme
douce éployée
dans le sang répandu de Ton cœur

Terre fragile de nuit tendre bordée
nous voici simples
à genoux sur le sol ferme de Ton souffle

nous voici simples
sur notre terre aimée
douce éployée rose splendide

à Tes pieds
chaude clameur de nos larmes
servantes d’eau claire vêtues

à Tes pieds ruisselle l’or au silence du chant
nous voici simples
et dans la transparence Ton feu

Heures à l'usage dominicain dites heures de Frédéric d'Aragon
Jean Bourdichon (Adoration de l’Hostie), in Heures à l’usage dominicain, dites Heures de Frédéric d’Aragon

Spiritali petra

Jaillissant ciel ouvert mouillé de grand soleil
le voici débordant et son eau me féconde
Verbe pleuvant vie sang sève qui renouvelle

Veille mon cœur
en longue nuit et souveraine attente
Veuille mon cœur
s’offrir à Dieu en lumière éclatante

Il est la source
jaillissant ciel ouvert mouillé de grand soleil

Veille mon cœur
en longue nuit et souveraine attente
Veuille mon cœur
s’offrir d’amour au Seigneur crucifié

Il est torrent
le voici débordant et son eau me féconde

Veille mon cœur
en longue nuit et souveraine attente
Veuille mon cœur
s’offrir au Corps ma chair veut sa Parole

Il est semence
Verbe pleuvant vie sang sève qui renouvelle

spiritali petra