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Mater dolorosa

Ô Vierge outrenavrée au glaive des épines
tu appelles fervente une vaste douleur
et la douleur s’avance en venant de partout

Lances mouvementées comme forêt heurtée
qui rompt à l’horizon son trait et nous enclôt
douleur fait ravage et nos cœurs sont terres gastes

De tes lèvres mordues ruisselle en sang ta peine
ô Vierge couronnée de dol noire madonne
le sable du désert vient ceindre ta demeure

Ta main qui vers là-haut est levée en supplique
crayonne dans l’azur d’un geste simple et sûr
le signe de sa croix arrimée au grand ciel

Très orante tu tiens dans les mains sa couronne
elle est tressée de peine et sous tes doigts qui saignent
la couronne se fait psaume et toute de roses

Simon Marmion - Vierge de douleur
Simon Marmion – Vierge de douleur (Musée des Beaux-Arts, Strasbourg)
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De Oratione

Dans le silence prié
je T’attends

En moi (
librement je m’efface
me délaisse dans le silence
et je Te laisse en moi
) prier

Dans le silence priant
j’entends pleinement
et c’est à peine si j’entends
la musique insonore des anges

Dans le silence priant
Ton saint Nom
Seigneur ne se dit pas
et c’est là Ta présence

Barthélémy d'Eyck - Les Heures de René d'Anjou
Barthélémy d’Eyck (Adoration de l’Hostie), in Heures de René d’Anjou.

Terra in Sanguine Tuo

Terre dans l’âme
douce éployée
dans le sang répandu de Ton cœur

Terre fragile de nuit tendre bordée
nous voici simples
à genoux sur le sol ferme de Ton souffle

nous voici simples
sur notre terre aimée
douce éployée rose splendide

à Tes pieds
chaude clameur de nos larmes
servantes d’eau claire vêtues

à Tes pieds ruisselle l’or au silence du chant
nous voici simples
et dans la transparence Ton feu

Heures à l'usage dominicain dites heures de Frédéric d'Aragon
Jean Bourdichon (Adoration de l’Hostie), in Heures à l’usage dominicain, dites Heures de Frédéric d’Aragon

Spiritali petra

Jaillissant ciel ouvert mouillé de grand soleil
le voici débordant et son eau me féconde
Verbe pleuvant vie sang sève qui renouvelle

Veille mon cœur
en longue nuit et souveraine attente
Veuille mon cœur
s’offrir à Dieu en lumière éclatante

Il est la source
jaillissant ciel ouvert mouillé de grand soleil

Veille mon cœur
en longue nuit et souveraine attente
Veuille mon cœur
s’offrir d’amour au Seigneur crucifié

Il est torrent
le voici débordant et son eau me féconde

Veille mon cœur
en longue nuit et souveraine attente
Veuille mon cœur
s’offrir au Corps ma chair veut sa Parole

Il est semence
Verbe pleuvant vie sang sève qui renouvelle

spiritali petra

Ciel & Croix

Dans le bleu sauvage crucifié au grand bois
pantelant et mourant

Sa mère est debout tout contre le ciel

Dans le bleu sauvage outre sa mère il y a le ciel
inscrit au grand bois par un seul mot : Christ

L’arbre a sa blessure et il l’entoure de nuit
la blessure est amour source d’eau et de sang

Vivante nuit lancée sur la face du monde
silence pour les hommes de chair
clarté pour les âmes descendues
nuit de la tombe et nuit d’où fleurit la lumière

Vierge mère ô très sainte
priez pour nous au cœur de toute nuit

*

Contre le souffle et face au soleil je vous déploie
draps matiniers

Le repos de cette nuit rejoint le monde
et l’adoucit

iglesia-de-san-mateo-caceres-spain
Christ au chêne – Eglise de San Mateo, Cáceres, Espagne.

Donum Dei

Donne-moi de donner mais de moi c’est le tien
si nul don n’est de moi je ne puis rien donner
qui déjà n’est à toi car tu es tout présent

dans le ciel et sur la terre
sous la terre et sur la mer

où toute créature en silence splendide
présente sa louange en toi à toi et par toi
don de ton silence au cœur qui reçoit le Verbe

dans le ciel et sur la terre
sous la terre et sur la mer

Donne d’accueillir — ô — présent de ta présence
me voici seul accueil comme toile de tente
et je frémis aux fleurs en miroir aux étoiles

dans le ciel et sur la terre
sous la terre et sur la mer

creation-monde-2
Enluminure de Giovanini di Benedetto, Horae ad usum fratrum minorum, Milan, vers 1385.

 

 

Intra tua vulnera

Dans le ciel descendu s’élève notre pluie
du silence des plaies — En marchant dans tes plaies
se recueillent nos pas tiges mouvementées

Nous voulons êtres fleurs mais nous sommes passants
parmi fleurs d’écarlate attendries de rosée
— puissent nos pas fleurir à ton sang épanoui

Porte-nous dans tes plaies nous soignerons nos âmes
montre-nous ta douleur nous viendrons de tes yeux
soleils dans le soleil de la pleine lumière

tres-belles-heures-de-notre-dame-de-jean-de-berry
Horae ad usum parisiensem, vers 1380